Accès de la femme à la terre: Donner la voix aux femmes de réclamer leurs droits

 Accès de la femme à la terre: Donner la voix aux femmes de réclamer leurs droits

L’Oeil d’Afrique, le 13/05/2022
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Après la mise en place d’un cadre réglementaire à base duquel les autorités publiques et traditionnelles peuvent prendre des décisions en matière de droits fonciers de la femme, reste la prise de parole et l’audace de plaider… ces pesanteurs sociales qui empêchent les femmes de dignement réclamer leurs droits.


Effectivement, la prise de parole en public de la femme, en Afrique, demeure une problématique. Interrogées sur les causes, des personnes ressources évoquent également les pesanteurs culturelles qui semblent toujours militer dans ce sens. 

En effet, il est connu de tous, que dans les milieux fortement traditionnels, notamment certaines localités des régions septentrionales du Togo, les femmes continuent d’être considérées comme n’étant pas à même de s’exprimer devant le sexe opposé, et acceptent volontairement de jouer un second rôle. 

Dans certains milieux, la persistance de ces pesanteurs culturelles qui n’autorisent pas la femme à prendre la parole devant les hommes, continuent d’influencer négativement la jouissance des droits de la femme.

 *A ce jour, le travail reste à faire sur la perception de la femme de l’acte qui consiste à la revendication de ce qui lui revient* .

Double peine: avoir le courage d’affronter les audiences publiques, ou avoir le courage d’affronter les régents de la cour du chef traditionnel se pose pour les femmes. Cette situation de silence fait qu’elles ne jouissent pas de leurs droits fonciers

Elles continuent de croire qu’en le faisant et face aux hommes, elles seraient marginalisées, au point qu’elles se refusent de franchir ce cap, celui d’avoir à être traitées par la société de rebelle. De peur de ne plus être aimées, et redoutant la stigmatisation, les femmes ne trouvent toujours pas le sens à disposer pleinement de leurs droits, dans un contexte où les hommes n’en sont toujours pas entièrement d’accord à les leur octroyer de gré.

 *De la nécessité d’accentuer la sensibilisation* 

Interrogée sur le sujet, Dame Tanaté rencontrée au marché de Ketao, ayant en premier confié la tricherie dont elle a été victime de la part de ses frères, qui lui ont concédé une petite portion sur laquelle elle cultive du maïs, révèle que cette démarche apparaît comme une manière de braver l’interdit. Cependant si le partage venait à être entre les femmes, le problème ne se pose pas le plus souvent, confie-t-elle .

Même si la logique voudrait que la femme exploite la terre pour sortir de la dépendance et parvenir à l’autosuffisance alimentaire, bref à son émancipation, dans certaines localités, elle ne consent pas en elle-même le besoin d’en faire un sujet de défiance à l’égard de la société pour provoquer le respect de ses droits. Elle préfère que cela se fasse de façon naturelle, alors que même dans le meilleur des cas, il aurait aussi fallu que la femme manifeste le désir de posséder ses droits légitimes pour que l’autre devant ressente la nécessité de les lui concéder. Autrement, aucune possibilité n’envisage ce déroulement naturel des faits, et même si les textes et lois sont clairs en la matière et que les mentalités semblent évoluées, il existe encore une disparité entre les lois et la réalité de leur application sur le terrain.

 *De la nécessité d’accentuer la formation en leadership et la prise de parole de la gente féminine

La femme a donc besoin d’un certain leadership, pour son affranchissement, l’affranchissement de cet état d’esprit qui limite son affirmation. C’est ce qui se constate dans certains milieux, notamment les préfectures de Bassar, Kozah, Doufelgou, Binah…(la liste n’est pas exhaustive). 
C’est dire que le besoin d’accentuer la sensibilisation en ces localités afin de rassurer la femme du bien fondé d’une dénonciation de violation de ses droits, et de la disponibilité du cadre légal qui légalise et légitime la parité homme/femme en matière de droit d’accès de la femme à la terre.

YERIMA Amidatou

L'OEIL D'AFRIQUE